Santé des enfants : meilleure aujourd’hui qu’il y a 30 ans ? Nous avons enquêté

Santé Enfants

À ce jour, les bilans sur la santé mentale et physique des jeunes adultes et des personnes âgées fusent. Mais qu’en est-il de la santé des enfants aujourd’hui comparée à celle d’il y a trente ans ? Ne les oublions pas : le futur, c’est eux qui le créeront… Deux infirmières, proches des enfants et de leurs parents quotidiennement, ont accepté de répondre à nos questions. Mise en lumière.

Je remercie sincèrement Léa Daucourt pour cet article scientifique agrémenté de témoignages recueillis sur le terrain. Retrouvez le lien vers son site Internet en bas de page.

Une jeune génération marquée par la pandémie

Les enfants, rappelons-le, représentent 26 % de la population française. Qu’en est-il de leur santé, notamment depuis la pandémie qui a touché le monde entier ? La première interviewée, Sylvie*, infirmière depuis une quinzaine d’années, me parle des problématiques actuelles, majoritairement apparues après les confinements et la pandémie du COVID-19.

Des difficultés d’apprentissage exacerbées

En effet, de plus en plus d’élèves se retrouvent en difficulté scolaire, très souvent liée au niveau social des parents. Beaucoup de ces derniers n’ont pas eu les moyens, durant les confinements redondants, de « faire l’école » à domicile. Le port du masque à l’école pendant deux ans n’a évidemment pas facilité l’apprentissage. À la période où les enfants découvrent notamment la lecture, l’impact du masque est indéniable pour certains élèves.

L’infirmière remarque aussi énormément de familles bénéficiant d’un suivi par les services sociaux, par des éducateurs, et ce bien plus qu’auparavant. Pour autant, il y a davantage de vigilance face aux situations familiales et de signalements d’inquiétudes aux services sociaux.

L’impact de la situation familiale

On s’en doute, le contexte de cette pandémie a mis en exergue certaines situations familiales difficiles. Bien qu’il ne s’agisse pas de la majorité, beaucoup de familles se sont séparées suite à cet isolement. Selon un sondage IFOP réalisé en 2020, 11 % des couples français souhaitaient prendre leur distance, et 4 % voulaient se séparer définitivement. Une multitude d’enfants ont été témoins de violences intra-conjugales. Les services d’accueil en pédopsychiatrie sont saturés, et un énorme retard en résulte. De plus, beaucoup d’enfants en grandes difficultés sont actuellement en décrochage scolaire, ne parvenant plus à venir à l’école depuis des mois.

Le COVID-19 a accéléré, ou a été révélateur du mal-être d’une population. Cette pandémie mondiale n’a fait qu’accélérer toutes ces difficultés, accentuer des situations qui traînaient déjà. L’infirmière m’explique qu’elle a de plus en plus de mal à travailler avec les parents, à leur faire entendre et accepter qu’il est important que leurs enfants bénéficient d’une prise en charge. Beaucoup d’entre eux sont en détresse psychologique. De nombreuses dépressions, tentatives de suicide sont repertoriées.

Angoisse, dépression, tentatives de suicide : les plus jeunes également concernés

Le 3 avril 2021, sur le plateau de C l’hebdo, le professeur Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital, a fourni un grand nombre de chiffres aussi parlants qu’alarmants. En mars 2021, il y aurait eu 300 % d’augmentation de tentatives de suicide chez les enfants de moins de quinze ans. Il évoque une étude canadienne montrant que les enfants de deux à six ans dormaient moins bien, étaient plus irritables.

Les enfants ont aussi une capacité d’anticipation, puisque 20 % de ces derniers ressentaient à l’époque la peur quotidienne que leurs parents se retrouvent au chômage. Leur angoisse se manifeste de différentes manières selon leur état mental initial et leur tempérament, mais on a observé des signes tels que refuser de manger, ou au contraire, trop manger. Selon les études, les enfants ont pris à peu près deux kilos en moyenne pendant la crise. Mais pendant cette période de crise, la plus grosse augmentation concerne le refus de s’alimenter¹.

Des enfants de plus en plus sédentaires

Il y a environ dix ans déjà, en 2013, des études de l’American Heart Association de Dallas ont constaté qu’en raison d’un manque d’activité physique, les capacités d’endurance des enfants étaient moindres que celles de leurs parents au même âge.

« Nos données françaises, sur plus de 7.000 enfants dont les performances ont été mesurées entre 1987 et 2000, montrent que leurs capacités ont diminué d’environ 2  % par décennie (…) Ils pourraient être la première génération à vivre moins longtemps que la précédente. » précise Grant Tomkinson à l’époque au Figaro.²

Quelques années plus tard, en décembre 2018, le constat est toujours le même, voire pire. Sam Kass, conseiller politique à la Maison Blanche, avait déclaré, lors d’une conférence de l’époque que « Nous faisons face actuellement à la génération d’enfants la plus sédentaire de toute notre histoire ».³

Surpoids et obésité

Plus récemment, Sylvie* relate également une augmentation de l’incidence du surpoids et de l’obésité chez les enfants. Elle l’explique par un isolement, grandement causé par le confinement, durant lequel les enfants sont beaucoup moins sortis à l’extérieur et par conséquent, se sont moins dépensés. Et surtout, par le fait qu’ils n’ont pas pu, suite à ce(s) confinement(s), reprendre les activités sportives mises en place avant 2020.

Corinne* exerce quant à elle le métier d’infirmière depuis trente ans. Elle travaille dans un service de pédiatrie et nous confie que le nombre d’enfants diabétiques (de type I) ne cesse d’augmenter, à l’instar de l’obésité infantile.

L’impact des écrans

Une problématique des plus actuelles reste évidemment celle des écrans, plus récemment majorée par l’isolement. Sylvie remarque qu’énormément d’enfants ont augmenté leur temps passé sur ceux-ci. Selon elle, les écrans ont été pour beaucoup « les nounous du confinement ». Une habitude qui a perduré.

Résultat ? Des enfants qui ne jouent plus forcément avec des jeux en lien avec leur âge, ayant désormais accès à des réseaux sociaux tels que Snapchat, alors qu’ils sont encore à l’école primaire. Les réseaux utilisés ne sont évidemment pas appropriés pour eux. Corinne, elle, constate depuis quelques années que de nombreux troubles du sommeil sont dûs à l’utilisation quotidienne de ces écrans. Triste, mais lucide constat : les écrans et les réseaux ont pris le dessus.

Un enfant n’est jamais responsable

Toujours selon Corinne, travailler sur la parentalité pourrait régler de nombreuses situations. La société allant mal en général et les parents étant de plus en plus souvent en perdition, les rôles s’inversent. Les enfants deviennent responsables de leurs parents. Ces derniers ne trouvent plus la force de poser un cadre, de simplement dire non. Les enfants s’en trouvent complètement déboussolés.

Si les nouvelles technologies ont des avancées très bénéfiques pour le soin, elles sont des plus délétères quand elles s’installent dans les familles et les séparent de toute communication véritable.

Plus de moyens, moins de place

Un des côtés positifs du progrès est que la technologie médicale avance à grand pas afin d’aider les enfants, les plaçant davantage au centre des recherches que ces dernières décennies. À travers le développement de l’éducation thérapeutique et de la littérature en santé, les soignants sont désormais formés pour écouter leurs patients et leurs familles en ne donnant plus d’injonctions, en cherchant à comprendre la vie sociale, économique et intellectuelle de ceux-ci. Ils adaptent davantage leur façon de soigner à leurs malades, ce qui a été un changement considérable.

Un manque criant de spécialistes

Par rapport aux années 1990, la détection des troubles de santé chez un enfant est en perpétuel essor. Toutefois, les difficultés actuelles accentuées par la crise du COVID-19 empêchent la mise en œuvre optimale des prises en charge. Par exemple, la pédopsychiatrie s’est beaucoup développée dans les années 1990, mais se trouve aujourd’hui complètement saturée.

Elle est malheureusement loin d’être la seule : les services de prise en charge psychiatrique, les orthophonistes, les dentistes, etc., le sont tout autant. Ceci engendre une prise en charge tardive de problématiques et de pathologies qui ne devraient pas mettre autant de temps à être réglées. Surtout en pleine période de construction. Un enfant peut beaucoup moins se permettre d’attendre des mois pour être traité, car cette attente aura inévitablement un impact sur son développement, sa scolarité, sa confiance en lui et son estime de lui-même.

L’un des problèmes à régler en urgence aujourd’hui est donc l’accès aux soins de santé. Sur le territoire de Sylvie exerçant en milieu rural, un véritable manque de spécialistes, tels que les ophtalmologistes, se fait sentir. Certains parents aux situations sociales défavorisées n’ont pas d’accès aux soins, ne peuvent se rendre en ville et ne font donc aucune démarche.

Des problèmes mieux évalués mais toujours plus diversifiés

À ce jour, on est beaucoup plus à l’écoute des besoins de l’enfant, notamment en milieu scolaire, qui est davantage centré sur eux qu’il y a quelques décennies. On oriente plus facilement un enfant qui se retrouve en difficulté scolaire vers un spécialiste de type orthophoniste, psychomotricien, qu’il y a quelques années. Cependant, Sylvie note qu’il y a dix ans, il y avait beaucoup moins d’enfants aux troubles DYS (dysfonctionnements, plus ou moins sévères, des fonctions cognitives du cerveau relatives au langage, à l’écriture, au calcul, aux gestes et à l’attention).

 

Si la santé des enfants – les grands oubliés de la pandémie – devrait s’améliorer du fait des progrès technologiques et organisationnels en santé, le paradoxe actuel est (du fait notamment du contexte de crise sanitaire) qu’on n’arrive de moins en moins à faire ce qui est souhaitable et prévu. Et les enfants en sont les premières victimes. En somme, depuis ces trente dernières années, la santé des enfants ne s’améliore pas autant qu’elle le devrait.

 

Sources :

¹ https://www.youtube.com/watch?v=JYXiv6sXhok

² https://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/11/21/21538-enfants-sont-moins-endurants-quil-y-trente-ans

³ https://www.maxisciences.com/enfant/les-enfants-seraient-en-moins-bonne-forme-qu-il-y-a-30-ans_art31404.html

Témoignages de deux infirmières (*Les prénoms ont été modifiés).

Cet article vous est proposé par Léa Daucourt

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Retour haut de page